JDP

ROLAND GARROS – Affichage – Plainte fondée

Avis publié le 10 août 2026
ROLAND GARROS – 1142/26
Plainte fondée

Le Jury de Déontologie Publicitaire a été saisi le 29 mai 2026 d’une plainte émanant d’un particulier, afin qu’il se prononce sur la conformité aux règles déontologiques en vigueur d’une publicité en faveur de la Fédération française de tennis, pour promouvoir le tournoi de tennis de Roland Garros.

La publicité en cause, diffusée par voie d’affichage, est constituée de deux images présentées côte à côte :

Le Jury de Déontologie Publicitaire,

REND L’AVIS SUIVANT :

La Recommandation « Image et respect de la personne » de l’ARPP dispose que :

« 2-2 La publicité ne doit pas cautionner l’idée de l’infériorité d’une personne en raison de son sexe, de son origine, de son appartenance à un groupe social, de son orientation ou identité sexuelle ou de tout autre critère de discrimination, notamment en réduisant son rôle et ses responsabilités dans la société.

2-3 La publicité ne peut valoriser, même indirectement, des sentiments ou des comportements d’exclusion, d’intolérance, de sexisme ».

Le Jury relève que la mise en scène de la publicité par affichage en cause consiste à montrer des joueurs de tennis pour annoncer la compétition de Roland-Garros, sous la forme de deux images-miroirs censées représenter à la fois le tournoi masculin et le tournoi féminin -les dates de compétition y figurent – avec, d’une part, la photo d’une joueuse de tennis en action associée au qualificatif «Apprêtée » et, d’autre part, celle de deux joueurs de tennis associés, quant à eux, au terme « Opiniâtres ».

Le Jury estime que ce choix de la représentation d’une femme jouant au tennis et qualifiée par le seul texte lisible de l’affiche d’« apprêtée », adjectif qui fait explicitement référence à une personne qui étudie son apparence physique au point de paraître peu naturelle voire affectée, a un effet immédiatement décalé mais aussi réducteur et dévalorisant.

En outre, cette représentation est également sexiste en ce que cette joueuse est présentée au côté d’hommes qualifiés d’« opiniâtres », qualité valorisante particulièrement pour des sportifs en compétition, et qui se font une accolade amicale après l’effort tandis que la jeune femme est saisie par le photographe dans une pose où le volant bleu et transparent de sa tenue se relève, comme pour illustrer le choix de ce qualificatif.

Le Jury a pris connaissance des observations de l’annonceur qui s’explique sur cette campagne et sur les choix de ces adjectifs accolés aux joueurs de tennis, lesquels font référence à leur histoire personnelle, ce qui permet ainsi, en effet, de donner un sens différent aux images décrites ci-dessus.

Il relève néanmoins que ces visuels, qui sont présentés ensemble avec un effet manifeste d’illustration des qualités des joueurs des deux sexes, s’adressent au grand public qui n’a pas nécessairement cette connaissance lui permettant de restituer ces qualificatifs dans leur contexte afin de comprendre l’intention de l’annonceur.

En conséquence de ce qui précède, le Jury est d’avis que la campagne publicitaire en cause méconnaît de manière manifeste les points 2.2 et 2.3 de la Recommandation précitée.

Avis adopté le 8 juillet 2026 par Mme Tomé, Présidente, M. Aparisi, Vice-Président, Mmes Aubert de Vincelles, Boissier, Charlot et Lenain, ainsi que MM. Le Gouvello, Lucas-Boursier et Thomelin.


LES OBSERVATIONS ÉCHANGÉES

1/ La plaignante

Parmi les images de la campagne « Only at Roland-Garros » du tournoi 2026, un visuel met en scène une tenniswoman avec le terme « Apprêtée » qui de mon point de vue vient associer la femme à une dimension d’apparence qui n’a pas grand-chose à voir avec les qualités nécessaires à la participation à un tournoi d’un tel niveau.

L’image est d’autant plus choquante quand elle est, comme cela était le cas en affichage dans l’espace public parisien, apposée à côté d’un autre visuel qui qualifie les hommes d’opiniâtres.

Des images qui ancrent les stéréotypes plus qu’ils ne les dépassent.

2/ La Fédération française de tennis

La Fédération Française de Tennis a été informée, via la société Mediatransports, de la plainte dont elle ferait l’objet.

A ce titre, la Fédération Française de Tennis souhaite exprimer sa surprise face à celle-ci, dont la nature apparaît particulièrement éloignée des valeurs qu’elle promeut, depuis longtemps, en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

À cet égard, Roland-Garros constitue un tournoi de tennis mixte emblématique, au sein duquel les performances des joueurs comme des joueuses sont mises en valeur de manière égale. Roland-Garros est en outre l’un des rares événements sportifs internationaux accordant un prize money identique entre les compétitions simples dames et simples messieurs, et ce depuis 2007. Plus largement, la Fédération mène et soutient, chaque année, de nombreuses initiatives visant à lutter contre toute forme de discrimination.

En l’espèce, il est reproché à la Fédération Française de Tennis d’avoir diffusé une campagne publicitaire qui serait contraire au point 2.2. de la Recommandation « Image et respect de la personne » de l’ARPP qui dispose que : « La publicité ne doit pas cautionner l’idée de l’infériorité d’une personne en raison de son sexe […] notamment en réduisant son rôle et ses responsabilités dans la société ». Or, la campagne Roland-Garros 2026 ne contrevient nullement à ces dispositions. Elle ne contribue en aucune manière à véhiculer une image sexiste, réductrice ou stéréotypée de la joueuse Coco Gauff, ni plus largement des joueuses de tennis.

D’ailleurs, nous vous invitons à prendre connaissance de cette campagne dans sa globalité, laquelle ne saurait être réduite et appréciée à partir de deux visuels isolés. En effet, la campagne a été diffusée sous la forme d’un ensemble de visuels multiples, reflétant la diversité des joueurs et joueuses ainsi que des registres d’expression associés à leur performance.

Cette campagne repose précisément sur la mise en valeur de la pluralité des personnalités des acteurs du jeu et des expressions du tennis. Chaque visuel explore une facette distincte de la performance, qu’elle soit physique, mentale, émotionnelle ou stylistique ; l’expression de soi constituant une dimension pleinement reconnue du tennis moderne et, plus encore, de l’identité de Roland-Garros.

En deuxième lieu, la campagne ne repose sur aucune logique d’attribution différenciée des qualificatifs fondée sur le sexe. Ainsi, des joueuses sont associées à des adjectifs valorisant leur détermination et leur combativité, telle Loïs Boisson qualifiée de « tenace », tandis que certains joueurs se voient attribuer des adjectifs relevant d’un registre extra sportif, tel Gaël Monfils qualifié d’ « artiste ». Il convient d’ailleurs de relever que le terme « tenace » utilisé pour le visuel de Loïs Boisson constitue un synonyme du terme « opiniâtre » utilisé pour le visuel de Carlos Alcaraz et Jannick Sinner.

Par conséquent, ces éléments démontrent l’absence de toute systématisation genrée dans l’association des qualificatifs.

En tout état de cause, aucun des adjectifs utilisés dans le cadre de la campagne ne revêt de caractère péjoratif ni n’altère la dignité des personnes concernées. Il n’en résulte aucune dévalorisation, ni aucune mise en scène d’une prétendue infériorité. La campagne s’inscrit au contraire dans une démarche de valorisation des joueurs et joueuses.

S’agissant plus particulièrement de Coco Gauff, le choix du qualificatif « apprêtée » s’inscrit notamment dans une volonté de souligner l’approche personnelle de la joueuse et sa performance sportive qui sont en cohérence avec les propos de la joueuse elle-même, qui a indiqué attacher une importance particulière à son style et à son apparence comme source de confiance sur le court. En effet, la joueuse a déclaré, le 11 décembre 2025, à l’occasion d’une interview pour le magazine Teen vogue : « Ce qui me donne confiance sur le court, c’est clairement ma façon de m’habiller et mon apparence. En tant que femme dans ce sport, je pense que ce que je porte est important pour moi et me donne confiance en moi. En dehors du court, c’est pareil, c’est mon style ».

Cette intention est d’autant plus manifeste que le visuel associé représente Coco Gauff en situation de jeu, dans une posture de service, traduisant un moment de concentration et de performance sportive dans la perspective de la défense de son titre.

Ainsi, le qualificatif retenu ne saurait être interprété comme une réduction de la joueuse à son apparence, mais bien comme l’expression d’une dimension supplémentaire de son identité d’athlète, à la fois sportive et personnelle.

Dans ces conditions, la campagne ne saurait être regardée comme méconnaissant les dispositions de la Recommandation « Image et respect de la personne » de l’ARPP, ni les principes généraux du Code ICC.

La Fédération Française de Tennis demeurera néanmoins attentive aux perceptions que peuvent susciter ses communications et restera vigilante dans le cadre de ses prochaines campagnes.

3/ La société d’affichage Médiatransports

La plainte nous paraît mal fondée dès lors que la publicité ne saurait être désolidarisée de la campagne publicitaire en son entier, ne réduit en aucun cas les femmes à la fonction d’objet pas plus qu’elle ne réduit un genre à un rôle ou responsabilité dans la société.

Nous contestons la position du plaignant en ce que le qualificatif utilisé ne présente pas de

caractère péjoratif. En effet, le terme « apprêtée » renvoie à une idée de soin ou de préparation, aux côtés de tous les qualificatifs que peut induire le contexte d’une grande compétition, sans connotation négative.

Le visuel ne comporte aucun propos discriminant, injurieux ou attentatoire à la dignité des personnes représentées. En aucun cas, le message ne contribue à véhiculer une image sexiste, réductrice ou stéréotypée de la joueuse.

En tout état de cause, on ne saurait considérer qu’un visuel est de nature à entretenir un stéréotype sans prendre connaissance de l’ensemble de la campagne de l’annonceur, ici la Fédération Française de Tennis.

En effet, l’appréciation d’un message publicitaire doit s’effectuer dans sa globalité. Comme précisé dans la plainte, un autre visuel est mis en exergue, celui du joueur Carlos Alcaraz étant accompagné du qualificatif « opiniâtre ». Ces visuels mettent en parallèle deux joueurs au moyen de qualificatifs distincts sans qu’il ne soit exprimé de hiérarchie ou de jugement de valeur entre eux.

Par ailleurs, ces deux visuels font partie d’une campagne plus large dans laquelle plusieurs adjectifs sont associés à des joueurs, féminis ou masculins. Ces autres visuels font en effet mention de termes tels que « artiste » pour le joueur Gaël Monfils ou « tenace » pour la joueuse Loïs Boisson.

Il ne saurait être reproché à une communication publicitaire de mobiliser des registres variés, qu’ils relèvent de la performance, du style ou de la préparation, dès lors qu’ils ne traduisent ni dénigrement ni réduction de la personne à une caractéristique attentatoire à sa dignité.

Cette diversité démontre au contraire de manière objective l’absence de toute logique de répartition genrée ou stéréotypée des qualités attribuées aux joueuses et joueurs.

Notons que si la conformité des campagnes et des messages publicitaires relève de la responsabilité des annonceurs, notre régie veille à procéder à une analyse systématique des visuels tant au regard de la législation applicable que des règles de déontologie et des recommandations de l’ARPP.


Publicité Roland Garros

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