Avis publié le 5 octobre 2026
CAFE LA STATION – 1153/26
Plaintes fondées
Le Jury de Déontologie Publicitaire a été saisi, les 29 juillet et 4 août 2026 de deux plaintes émanant de particuliers, afin qu’il se prononce sur la conformité aux règles déontologiques en vigueur de publicités en faveur de l’établissement Café La Station, pour promouvoir son offre de restauration.
Les publicités en cause, diffusées sur les comptes Instagram et Facebook de l’établissement, montrent :
- Pour l’une, un homme attablé à une terrasse. Son regard est porté vers la jeune femme qui lui sert une assiette de paella avec une pelle. La serveuse est vêtue d’un body noir très échancré par-dessus un collant à résilles.
Le texte accompagnant cette image est « Café La Station – Service à la pelle de fruits de mer défendus » ainsi que le numéro de téléphone du restaurant.
- Pour l’autre, différentes vignettes présentes sur la page d’accueil du compte Instagram de la marque. Plusieurs images montrent une femme blonde, vêtue de tenue courtes, échancrées ou moulant les formes de son corps. Le texte accompagnant ces images énonce « Café La Station. Service à la pelle. Spectaculaire service à la pelle de notre parrillada gigantesque de crustacés.», accompagné d’images sous formes de vignettes
Le Jury de Déontologie Publicitaire,
- après examen des éléments constituant le dossier de plaintes,
- les personnes intéressées ayant été invitées à faire valoir leurs observations ci-après reproduites,
- et après en avoir débattu dans les conditions prévues par l’article 13 du règlement intérieur,
REND L’AVIS SUIVANT :
La Recommandation « Image et respect de la personne » de l’ARPP dispose que :
« 2.1 La publicité ne doit pas réduire les personnes humaines, et en particulier les femmes, à la fonction d’objet.
2-2 La publicité ne doit pas cautionner l’idée de l’infériorité d’une personne en raison de son sexe, de son origine, de son appartenance à un groupe social, de son orientation ou identité sexuelle ou de tout autre critère de discrimination, notamment en réduisant son rôle et ses responsabilités dans la société.
2-3 La publicité ne peut valoriser, même indirectement, des sentiments ou des comportements d’exclusion, d’intolérance, de sexisme ».
Le Jury relève que les publicités en cause pour le « Café La Station », tant par les slogans utilisés que par les images « sexy » de la femme, qui fait manifestement le métier de serveuse dans ce restaurant, sont particulièrement dénigrantes puisque son image est associée à un « service à la pelle » de fruits de mer renforcée encore par la référence explicite et à connotation sexuelle à la consommation de « fruits défendus ».
La note d’humour décalé perceptible, puisque la jeune femme tatouée en tenue légère et échancrée, manie une pelle de jardin qui semble incongrue dans ce contexte, n’est cependant pas de nature à atténuer le fait qu’elle est délibérément assimilée et réduite à la fois à de la nourriture et à des attributs sexuels sans que rien ne justifie une telle association au regard de l’objet même de la publicité en cause.
En conséquence de ce qui précède, le Jury est d’avis que la campagne publicitaire en cause méconnaît de manière grave et manifeste les points 2.1, 2.2 et 2.3 de la Recommandation précitée.
Avis adopté le 11 septembre 2026 par Mme Tomé, Présidente, M. Aparisi, Vice-Président, Mmes Aubert de Vincelles, Boissier, Charlot et Lenain, ainsi que MM. Le Gouvello, et Thomelin.
LES OBSERVATIONS ECHANGEES
1/ Les plaignants
- Plaignant 1
« Je souhaite attirer l’attention du Jury sur une campagne de communication répétée du restaurant Café La Station dans le Var.
Les publications utilisent de manière systématique des représentations de femmes fortement sexualisées afin de promouvoir un restaurant de fruits de mer.
Cette communication est accompagnée de nombreux commentaires à caractère sexuel, auxquels le compte officiel répond de manière encourageante.
Selon moi, cette stratégie est susceptible de contrevenir aux règles déontologiques relatives à l’image et à la dignité de la personne humaine en réduisant les femmes à un objet d’attraction destiné à promouvoir un établissement de restauration.
En espérant qu’une suite soit donnée afin de ne pas laisser ce restaurant dénigrer l’image de femme. »
Observations complémentaires du 1er/08/2026
« Le Café La Station, situé dans le Var, publie régulièrement sur différents groupes Facebook afin de promouvoir son restaurant.
Le responsable du restaurant utilise Instagram, Facebook et même TikTok afin d’atteindre un public plus large.
Comme indiqué dans mon précédent courriel, les publications sont sexistes et portent atteinte à l’image de la femme.
Les images ou les vidéos sont explicites et dénigrantes, tout comme les nombreux commentaires à connotation sexuelle d’une extrême vulgarité. Certains hommes voudraient, je cite « toucher ses femmes et leurs parties intimes », souhaiteraient « se vider » et demandent « le prix de la prestation avec finition » etc…
Certains commentaires comportent des références sexuelles pouvant être comprises comme visant des mineurs, ce qui est particulièrement préoccupant.
Par ailleurs, le responsable répond favorablement aux commentaires désobligeants et sexistes sans aucune gêne. Il a récemment mis en ligne une vidéo qui valorise des stéréotypes de domination masculine face aux commentaires de dénonciation.
Je tiens à rappeler qu’il ne s’agit pas toujours d’images générées par l’IA, puisqu’ils utilisent également leurs employées dans des tenues affriolantes, dont les images circulent sur Instagram et TikTok.
Je pense qu’il s’agit d’un moyen de communication volontaire et décomplexé, sans prendre en compte la déontologie publicitaire.
J’ai fait appel à plusieurs associations de lutte contre le sexisme, qui se sont heurtées à un mur.
Le responsable du Café La Station montre un désintérêt total pour toute remise en question et assume pleinement de réduire la femme à un objet.
J’espère que vous prendrez le temps d’examiner les faits afin que cela ne reste pas impuni. »
- Plaignant 2
« Je souhaite signaler la communication commerciale du restaurant Café La Station (La Ciotat), diffusée sur ses pages Facebook et Instagram ainsi que dans des groupes locaux, qui repose de manière répétée sur la sexualisation d’une de ses employées à des fins promotionnelles.
Plusieurs publications associent la présentation des plats à un registre sexuel explicite. La publication du 23 juillet 2025 est ainsi légendée par une allusion au fantasme et à des talons, accompagnée d’une vidéo où figure une serveuse. Ce n’est pas un cas isolé mais une ligne éditoriale suivie sur plusieurs semaines et sur les deux plateformes.
Le point le plus problématique tient aux réponses publiées par l’établissement lui-même sous ces publications, en qualité d’auteur du compte. Un internaute demande si l’établissement est un restaurant ou une maison close, en jouant sur un sous-entendu sexuel : le compte répond « pourquoi choisir ? ». Sur Instagram, un internaute demande si ce que propose le restaurant est le plat ou la tenue de la serveuse : le compte répond « tout est comestible ». L’annonceur ne se contente donc pas de laisser prospérer ces commentaires, il les valide publiquement et range explicitement une salariée parmi les éléments consommables de son offre commerciale.
Sexualisation répétée d’une employée à des fins promotionnelles, et validation publique par l’annonceur de commentaires assimilant son établissement à une maison close et sa salariée à un produit consommable. »
2/ Le Café La Station
N’a pas présenté d’observations.
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